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  Nobuyoshi Tamura  

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Nobuyoshi Tamura Shihan

 

Aucun témoignage ne peut donner une idée suffisamment juste du niveau atteint par Tamura Senseï, car c’est l’Homme exemplaire qui fit le Maître exemplaire.

Dès lors et par delà l’émotion qu’aura pu susciter son départ le 9 juillet 2010, Tamura Senseï demeure la référence vivante et laisse une symphonie volontairement inachevée, dont il nous appartient d’en saisir le sens profond et de poursuivre l’écriture.

 

 

MAIS QUI ÉTAIT MAITRE TAMURA ?

* Une mission remplie de manière indéfectible.

Souvenons-nous, dès son arrivée, c’est tout d’abord sa simplicité, sa sobriété, son humilité qui retinrent notre attention : jamais Tamura Senseï ne s’est posé en supérieur, jamais en homme « qui sait », jamais il n’eût le souci de « conquérir » un pays ou une position sociale.

Sobriété dans son Art de plus en plus aiguisé au fil des décennies, sobriété qui offrait une technique de plus en plus épurée et dont le dépouillement obligeait soit à capter l’Essence même de l’Aïkido, soit à n’y rien comprendre…

 

Force est de constater que Senseï fut guidé par un sens particulièrement aigu de sa mission, qu’il accomplissait de manière indéfectible. Un don total de lui-même afin de poursuivre l’œuvre de O’Senseï et qui allait bien au-delà des seules prouesses techniques que recherchent trop communément aujourd’hui les amateurs d’arts martiaux : il a su faire découvrir les valeurs fondamentales dont l’Aïkido est porteur et en rappelait le sens profond chaque fois que des risques de dérive apparaissaient, que ce soit dans les moments cruciaux de l’histoire de l’Aïkido français ou, plus intimement, lors de rencontres avec les pratiquants.

 

* Une recherche incessante

Rigueur pour lui-même, travail incessant jusqu’au tout dernier instant, et en même temps une particulière bonté à l’égard de tous ses élèves (et même des autres), voilà ce que nous laisse Tamura Senseï.

Ainsi, il s’est éclipsé comme l’artiste quitte la scène sans attendre les ovations.

 

 

SON HÉRITAGE : UNE SEMENCE D’UNE EXCEPTIONNELLE FERTILITÉ.

* Une graine qu’il nous appartient de faire germer ensemble

C’est ce trésor précieux que Tamura Senseï laisse, un ferment qu’il confie à ses élèves sans distinction aucune, sans sélection, à ceux qui ont ouvert leur cœur à cet homme de cœur, gage d’une rencontre sincère. (Même si pour certains elle fut de courte durée, elle peut valoir autant que des rencontres anciennes plus ou moins bien entretenues et approfondies).

Comment cette graine peut-elle germer ?

En fait, les garde-fous sont nombreux et bien établis : chacun aura pu graver au fond de lui-même l’Homme que fut Tamura Senseï, son attitude à tout moment, ses remarques lapidaires, ses recadrages et phrases aussi fugaces que pertinentes que l’élève se doit de « mâcher » (disait-il), et qui sont autant de sources d’inspiration inépuisable.

 

* Le chemin est clairement indiqué

La vitalité originelle qui l’animait ne s’éteint pas. Seule son image nous échappe, pointe visible de l’iceberg qui, en disparaissant, offre un paysage dont l’étendue devient immense, où le visible et l’invisible se mêlent comme les fils qui constituent la corde de paille tressée placée à l’entrée des temples shinto.

Sa voix retentit et retentira car il a su toucher là où il fallait : il savait inverser les réponses pour que l’on trouve les bonnes questions ; il savait dépayser l’élève et le conduire là où il ne serait jamais allé sans lui ; il savait porter un regard d’amour parce qu’il avait en lui la paix, cette paix qui est la vraie source de créativité.

C’est cette transmission orale par delà la mort qui demeure cruciale, et dont il nous revient aujourd’hui d’être les artisans.         

Biographie

 

né le 2 mars 1933 à Osaka
Il débute la pratique du Judo et surtout du Kendo au collège, sous la direction d’un ami de son père, lui même enseignant de cet art.
Particulièrement attiré par le Zen durant sa jeunesse, il devient adepte de la macrobiotique fondé par Georges OHSAWA.

Après le décès de son père, Nobuyoshi souhaite devenir totalement indépendant. Il découvre l’aïkido en 1952 et reçoit l’aide de nombreuses personnes, parmi lesquelles Seigo YAMAGUCHI. Ce dernier doit retourner dans sa ville natale pour se marier et lui propose d’habiter sa maison jusqu'à son retour, prévu un mois plus tard. De retour avec son épouse, Maître YAMAGUCHI lui suggère de devenir uchi-deshi afin d'avoir un toit et le couvert.
Le jeune TAMURA écoute son conseil et intègre l’aikikaï Hombu Dojo, le 5 août 1952 en tant qu’élève interne. Il suit principalement l’enseignement de Kisaburo OSAWA et du Doshu Kisshomaru UESHIBA. Il devient rapidement l'un des disciples les plus proches du fondateur Morihei UESHIBA. Durant plusieurs années, il accompagne O Sensei dans la majorité de ses déplacements devenant son partenaire privilégié pour les démonstrations publiques.

Il est nommé shodan le 13 mars 1955. Devenu instructeur au Hombu Dojo, il enseigne également au US Navy Special Service Center de Yokohama ainsi que dans d’autres dojos de Tokyo.

Le 25 octobre 1959 il est promu 5ème dan.

En 1961, il partage avec Koichi TOHEI, l’honneur d’accompagner le fondateur à Hawaï lors de son premier voyage hors du Japon.

En 1964, Nobuyoshi TAMURA fait AU HOMBU DOHO la rencontre d’une nouvelle pratiquante, Rumiko et l’épouse peu de temps après. Ayant prévu de découvrir l’Europe durant son voyage de noces, il est missionné par l’Aikikai pour étudier le fonctionnement de l’Aïkido en France au travers des structures associatives.
A son arrivée à Marseille, il est accueilli par Maître NORO et Maître NAKAZONO. Ce dernier l’invite à Paris et le laisse enseigner dans son dojo. Après onze années passées à l’aikikai de Tokyo, Maître TAMURA décide de s’installer définitivement en France. Il adhère à l’ACFA créée par NORO, puis rejoint les groupes adhérents à la Fédération Française de Judo et Disciplines Associées (FFJDA) en 1971.
Par l’intermédiaire de NAKAZONO Senseï et du cercle de macrobiotique, TAMURA Senseï fait la connaissance du Maître Zen Taisen DESHIMARU et devient son ami.


Shihan 7ème dan et délégué officiel de l'Aïkikaï So Hombu, Maître TAMURA développe un style de plus en plus représentatif. Il participe à la fondation de l’Union Nationale d’Aïkido (UNA) et établit en 1973 le programme des épreuves techniques et pédagogiques pour l'obtention du Brevet d'Etat de professeur d'Aïkido. Collaborant avec Hiroo MOCHIZUKI et André NOCQUET, il crée en 1975, une “Méthode Nationale d'Aïkido” adaptée aux attitudes et à la mentalité française.

En 1982, Maître TAMURA se prononce pour la séparation de la F.F.J.D.A. et la création de Fédération Française Libre d’Aïkido (F.F.L.A.). En 1985, celle-ci devient la Fédération Française d'Aïkido et de Budo (F.F.A.B.). Il est alors nommé Directeur Technique National. En 1989, il reçoit la visite du Doshu Kisshomaru UESHIBA venu le féliciter à l’occasion du 25ème anniversaire de son arrivée en Europe.

En septembre 1995, TAMURA Shihan inaugure son dojo personnel à Bras, dans le Var. L’inauguration officielle du « Shumeikan dojo » est faite dans la tradition shinto, grâce à la présence de son ami Masando SASAKI, prêtre Yamagake San'in Shinto et Shihan 8ème Dan de l’aikikai de Tokyo.

En 1999, il reçoit la médaille de chevalier dans l'ordre national du Mérite.

Pendant près de trente ans, TAMURA Shihan a dirigé régulièrement en France de nombreux stages fédéraux dans les LIGUES formant plusieurs générations d'enseignants et de techniciens de Haut Niveau, tout en s'attachant à rester proche des pratiquants de base.

Maître de renommée mondiale particulièrement apprécié, il a animé des stages aux quatre coins du monde , tout particulièrement en tant que délégué de l'Aïkikaï de Tokyo pour l'Europe, dans de nombreux pays européens : en Allemagne, en Italie, au Portugal, au Royaume Uni, en Belgique, en Suisse, en Suède, en Russie, … .

Chaque été, TAMURA Shihan a dirigé en France, trois stages internationaux d'une semaine qui réunissaient parfois plus de 500 de pratiquants - Le stage de Lesneven (en juillet), le stage de Saint Mandrier (fin juillet-début août) et celui de la Colle sur Loup (en août).

En mars 2010, il a animé son dernier stage national à Dijon. Trois semaines plus tôt il dirigeait à Lyon un stage qui réunissait une dernière fois autour de lui les techniciens nationaux et régionaux, les Présidents de ligue et les plus hautes instances de la FFAB

Maître TAMURA est décédé à Saint Maximin-la Ste-Baume le 9 juillet 2010. Il avait 77 ans.